Suivre une approche fondée sur les droits pour soutenir les adultes qui ont reçu un diagnostic mixte

Le comité d’action sociale de l’ATSNB est ravi de lancer son premier article d’action sociale! Développé et écrit par les membres du comité d’action sociale, cet article a été créé dans le but de stimuler la réflexion et la discussion entre les membres concernant les problèmes sociaux au N.-B.

Les membres du comité d'action sociale sont : Erin Jackson, Samantha Martin, Katherine White, Sarah Enright, Erica Vienneau. 

Introduction

 

Au cours des dernières années, la province du Nouveau-Brunswick a déployé des efforts importants afin d’améliorer les services de santé mentale offerts aux jeunes et aux enfants. Toutefois, il y a encore des lacunes dans l’accès aux services pour les adultes, surtout ceux qui ont reçu un diagnostic mixte (DM), qui est défini comme la présence de symptômes associés à une déficience intellectuelle ainsi qu’à un trouble de santé mentale (Association du Nouveau-Brunswick pour l’intégration communautaire, 2016). Selon l’Association du Nouveau-Brunswick pour l’intégration communautaire (2017), les troubles de santé mentale chez les personnes ayant une déficience intellectuelle ou développementale (personnes ayant une DI ou une DD) sont de trois à quatre fois plus fréquents que dans la population en générale. Malheureusement, l’accès aux services est refusé à de nombreuses personnes parce que des professionnels médicaux et des professionnels de la santé mentale font une erreur en attribuant les difficultés qu’elles rencontrent à leur DI ou à leur DD (ANBIC, 2017). Dans cet article, nous essayons d’expliquer pourquoi une approche fondée sur les droits, préconisée par la Convention relative aux droits des personnes handicapées de l’ONU, aiderait à faire en sorte que les adultes du Nouveau-Brunswick qui ont reçu un diagnostic mixte aient accès à des services et à des soutiens pertinents. 

 

Situation actuelle au Nouveau-Brunswick

 

Au Canada, la prestation de soins de santé, de services de santé mentale et de services offerts aux personnes ayant une DD est la responsabilité des provinces et des territoires. À l’heure actuelle, seulement quatre provinces, soit l’Alberta, la Colombie-Britannique, le Manitoba et l’Ontario, ont adopté une mesure législative qui vise précisément les services aux personnes ayant une DD. Cinq autres provinces, y compris le Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard et le Québec, ainsi que les Territoires du Nord-Ouest, ont adopté des lois-cadres qui régissent les services, les avantages ou les droits pour les gens ayant une déficience et qui peuvent porter sur des déficiences développementales ainsi que d’autres affections. (ANBIC, 2016a, p.32).

 

En général, l’ensemble des connaissances et des compétences des travailleuses sociales et des travailleurs sociaux qui offrent des services de santé mentale à la population est largement tributaire de leurs propres intérêts professionnels et domaines de spécialisation. Ceux et celles qui offrent des services de santé mentale doivent détenir un baccalauréat en travail social, et chaque programme universitaire a ses propres exigences en matière de connaissances requises pour exercer la profession dans le domaine de la santé mentale. De nombreux travailleurs sociaux et travailleuses sociales suivent une formation plus poussée, conformément aux exigences relatives à l’immatriculation auprès de l’ATSNB. Il vaut la peine de souligner, toutefois, que les bureaux publics qui offrent des services en matière de santé mentale et de toxicomanie fournissent des services généralisés qui ne sont pas adaptés aux besoins de secteurs précis de la population ou de groupes vulnérables. Chaque service compte d’habitude deux ou trois travailleurs sociaux ou travailleuses sociales qui ont suivi une formation afin de respecter les plans de mesures de soutien personnalisées de leurs clients et de collaborer avec le responsable du cas, conformément au Plan d’action pour la santé mentale au Nouveau-Brunswick 2011-2018, étant donné que le ministère du Développement social a mis en œuvre à l’échelle de la province en 2010 leProgramme de soutien aux personnes ayant un handicap afin d’offrir un soutien permettant aux adultes ayant une incapacité de longue durée d’améliorer leur autonomie (PNB, 2011). Dans un tel contexte, le professionnel en santé mentale qui fournit des services au centre public de la santé mentale et de la toxicomanie a probablement de bonnes connaissances et de l’expérience de travail auprès de personnes de capacités diverses et entretient des relations avec d’autres professionnels qui se spécialisent dans ce domaine.

 

À une plus grande échelle, les services de santé mentale offerts au Nouveau-Brunswick, qu’ils soient assurés par un cabinet ou un organisme du secteur privé, un organisme à but non lucratif ou un service public, varient beaucoup en fonction de l’expertise du professionnel qui offre ces services. L’accès des personnes ayant une déficience intellectuelle aux services de santé mentale varie aussi en fonction de l’expertise du professionnel en santé mentale. Une recherche rapide au moyen de Google — faite par une personne sans déficience intellectuelle — permet de constater que deux organismes offrent des services de santé mentale adaptés aux personnes ayant une déficience intellectuelle.

 

La question de l’accès aux ressources a attiré beaucoup d’attention dernièrement. Les navigateurs des patients se sont rendu compte que le grand public non seulement avait de la difficulté à trouver des services de manière efficace, mais qu’il ne savait pas où commencer, et ils ont relevé le défi. Si les membres du grand public ont de la difficulté à cerner ces services, nous pouvons facilement comprendre à quel point cela peut être difficile pour une personne ayant une déficience intellectuelle ou ses proches.

 

Compte tenu des progrès que le Nouveau-Brunswick a réalisés récemment en adoptant le modèle de prestation de services intégrés, nous verrons peut-être une meilleure collaboration entre les professionnels qui se spécialisent déjà dans la prestation de tels services. Il est possible en outre que nous commencions d’entendre davantage parler de la nécessité d’ajouter des ressources et des possibilités de formation et d’améliorer la collaboration pour bien répondre aux besoins à cet égard.

 

Il semble donc évident que des professionnels en santé mentale pourraient tirer parti d’un atelier sur les services de santé mentale pour les personnes qui ont reçu un diagnostic de déficience intellectuelle. De plus, il faudrait envisager la possibilité de créer un réseau de professionnels qui offrent de tels services, afin que ces derniers puissent assurer un soutien par les pairs et des liens aux ressources communautaires.

 

Pratiques exemplaires et recommandations

 

L’Association du Nouveau-Brunswick pour l’intégration communautaire a publié en août 2017 son Mémoire sur l’égalité d’accès à la santé et aux soins de santé pour les personnes ayant une déficience intellectuelle ou développementale, lequel expose 11 recommandations clés visant à faire du Nouveau-Brunswick un chef de file pour ce qui est de garantir l’égalité d’accès à la santé et aux soins de santé aux personnes ayant une déficience intellectuelle ou développementale. La cinquième recommandation est liée à l’accès aux services de santé mentale : « Établir et mettre en œuvre le plus tôt possible une stratégie spécifique pour répondre aux besoins relatifs à la santé mentale des personnes ayant une DI ou une DD ». (ANBIC, 2017, p. 8). Même si les besoins relatifs à la santé mentale ne sont toujours pas comblés au Nouveau-Brunswick, les recherches menées par l’ANBIC font valoir que d’autres gouvernements travaillent avec acharnement pour relever le défi. L’Association fait allusion à un livre que Brandi Kelly a publié en 2016, intitulé Breaking Down Silos: Innovation in Dual Diagnosis Systems, qui donne l’exemple d’une stratégie collective et complète visant à améliorer le soutien offert à ce secteur de la population. Voici les éléments essentiels d’une telle stratégie :

  1. Les approches centrées sur la personne sont à la base de tous les plans et de toutes les méthodes de soutien et de traitement.
  2. Les principes et les pratiques d’intervention précoce doivent rester en place tout au long de la vie et les services nécessaires devraient être offerts bien après le début de l’âge adulte. Cela signifie entretenir des approches concertées, maintenir la participation et la formation de la famille et des aides payés comme il convient et définir clairement les résultats attendus avec des méthodes permettant de mesurer le progrès.
  3. Assurer une coordination et des approches concertées intersystèmes bien développées, mises en œuvre et faisant l’objet d’un suivi qui garantit l’efficacité.
  4. Fournir de l’éducation et de la formation aux professionnels dans toutes les disciplines. Cela comprend la mise en œuvre de programmes éducatifs dans les programmes professionnels existants, l’établissement de programmes de certification et de formation pour compléter les programmes et formation postsecondaires et d’une formation sur l’utilisation et la mise en œuvre d’autres lignes directrices en matière de diagnostic comme le manuel diagnostique de déficience intellectuelle DM-ID.
  5. Assurer la mise en œuvre de stratégies innovatrices favorisant le vrai travail d’équipe entre professions, programmes et systèmes.
  6. Soutenir et éduquer les personnes ayant une DI ou une DD, les familles et les aides rémunérés.
  7. La mise en place de méthodes innovatrices et créatives pour améliorer la vie et les résultats globaux de la santé des personnes ayant une DI ou une DD.

(ANBIC, 2017, p.9)

 

Selon l’ANBIC, le modèle de prestation des services intégrés que la province a adopté constitue une façon dont le Nouveau-Brunswick adopte de plus en plus d’approches axées sur l’intégration et la collaboration afin de soutenir les personnes ayant une DI ou une DD. D’autres recommandations sont liées aux éléments susmentionnés : définir et mettre en œuvre des occasions d’apprentissage et de perfectionnement professionnels pour les professionnels de la santé ; établir et mettre en œuvre des stratégies permettant de fournir des réponses sanitaires coordonnées aux personnes ayant une DI ou une DD et de les aider à se frayer un chemin dans un système de soins de santé complexe ; éliminer les obstacles au soutien des adultes ayant une DI ou une DD dans la participation aux décisions concernant leurs soins de santé. (ANBIC, 2017).

 

Des groupes de défense et des fournisseurs de services adoptent aussi une approche fondée sur les droits lorsqu’ils offrent des services de soutien aux personnes ayant une DI ou une DD et font la promotion de l’accès égal au soutien et aux services en matière de santé mentale (ANBIC, 2017). Une approche fondée sur les droits, préconisée par la Convention relative aux droits des personnes handicapées de l’ONU, tient compte des normes en matière de droits de la personne ainsi que du droit fondamental de toute personne ayant un handicap àla possession du meilleur état de santé qu’elle est capable d’atteindre, sans discrimination. Selon l’Article 25 de la convention, les fournisseurs de services et les professionnels de la santé doivent dispenser aux personnes ayant un handicap des soins de la même qualité que ceux dispensés aux autres, en plus de sensibiliser les gens aux droits de la personne, à la dignité, à l’autonomie et aux besoins des personnes ayant un handicap, au moyen de la formation et de la promotion de normes déontologiques (ANBIC, 2017). Dans le cadre d’une telle approche, on pourrait soutenir que tous les fournisseurs de services de santé mentale devraient intégrer à leur équipe une personne qui a suivi une formation sur les traitements à offrir aux personnes qui ont reçu un diagnostic mixte, afin que les personnes ayant une DI ou une DD qui éprouvent des problèmes de santé mentale obtiennent le soutien dont elles ont besoin.

 

Succès au Nouveau-Brunswick

 

Le programme de prestation des services intégrés, qui a été établi assez récemment au Nouveau-Brunswick, permet d’offrir des plans globaux d’évaluation, de traitement et de soutien aux enfants et aux jeunes du Nouveau-Brunswick. En principe, la prestation des services intégrés permet d’offrir à la personne des services qui visent tous les aspects de son mieux-être. Il s’agit de l’approche de pratique optimale, surtout pour les personnes ayant un état de santé et un diagnostic complexes.

 

SoinsNavi est un autre organisme au Nouveau-Brunswick qui offre des services aux personnes ayant une déficience intellectuelle ou développementale. SoinsNavi offre des services de soutien dans les deux langues officielles afin d’aider les gens à obtenir divers services et diverses ressources au sein de leur collectivité (SoinsNavi, s.d.). L’organisme aide les familles à cerner les services auxquels leur enfant ou leur jeune peut avoir accès dans leur région, y compris ceux qui sont offerts par les systèmes d’éducation et de soins de santé ainsi que les organisations communautaires. L’organisme offre toutefois des services uniquement aux personnes âgées de 25 ans ou moins.

Même si le Nouveau-Brunswick a déployé des efforts considérables afin d’améliorer les services de santé pour les jeunes et les enfants, grâce notamment à la prestation des services intégrés et aux organismes tels que SoinsNavi, il y a encore d’importantes lacunes dans l’accès aux services pour les personnes plus âgées de notre province.

 

Conclusion

 

Même si le Nouveau-Brunswick a fait beaucoup de progrès dernièrement dans le domaine des services de santé mentale offerts aux personnes qui ont reçu un diagnostic mixte, surtout pour les enfants et les jeunes, il y a encore grandement de matière à amélioration. Selon l’une des recommandations formulées dans le cadre de la stratégie complète mentionnée ci-dessus, il faut « Assurer une coordination et des approches concertées intersystèmes bien développées, mises en œuvre et faisant l’objet d’un suivi qui garantit l’efficacité ». Le programme de prestation des services intégrés qui a récemment été mis en œuvre au Nouveau-Brunswick, ainsi que l’organisme SoinsNavi, font suite à la recommandation et adoptent une approche axée sur la personne. Il est important de faire en sorte que les mêmes soins soient offerts aux adultes qui ont reçu un diagnostic mixte qu’aux enfants et aux jeunes.

 

À l’heure actuelle, les professionnels de la santé mentale ne sont pas tenus précisément de suivre une formation sur les traitements à offrir aux personnes qui ont reçu un diagnostic mixte. Afin que de telles personnes obtiennent des traitements pertinents, il serait avantageux pour les employeurs dans le secteur de la santé mentale de faire en sorte qu’une personne au sein de leur équipe suit une formation sur les traitements à offrir aux personnes qui ont reçu un diagnostic mixte et que des professionnels de toutes les disciplines participent à un atelier pertinent avant d’offrir de tels soins.

 

Le Nouveau-Brunswick a réalisé beaucoup de progrès pour ce qui est de mettre en oeuvre de nouveaux programmes dans le domaine de la santé mentale qui permettent d’appliquer des pratiques exemplaires pour les personnes qui ont reçu un diagnostic mixte. Toutefois, selon la Convention relative aux droits des personnes handicapées de l’ONU, une approche fondée sur les droits fait en sorte que les fournisseurs de services et les professionnels de la santé dispensent aux personnes ayant un handicap des soins de la même qualité que ceux dispensés aux autres (ANBIC, 2017). Le gouvernement et les organismes professionnels du Nouveau-Brunswick devraient s’efforcer de déployer des efforts continus afin d’améliorer les soins dispensés aux personnes — surtout aux adultes — qui ont reçu un diagnostic mixte.

 

 

Sources

 

SoinsNavi. (s.d.). Ressources pour les familles. Récupéré en juin 2018 du site suivant : https://www.SoinsNavinb.ca/familles/

 

Association du Nouveau-Brunswick pour l’intégration communautaire. (2016a). L’égalité d’accès à la santé et aux soins de santé pour les personnes ayant un handicap intellectuel. 1-231.

 

Association du Nouveau-Brunswick pour l’intégration communautaire. (2016b). Soutien aux personnes ayant un diagnostic mixte. 1-16. Récupéré du site suivant : http://wmaproducts.com/nbaclmodule1/

 

Association du Nouveau-Brunswick pour l’intégration communautaire. (2017). Mémoire sur l’égalité d’accès à la santé et aux soins de santé pour les personnes ayant une déficience intellectuelle ou développementale. 1-13.

 

Province du Nouveau-Brunswick (2011). Plan d’action pour la santé mentale au Nouveau-Brunswick, 2011-2018. 1-28.